RDC : L’ENSEIGNEMENT FACE AU DANGER DES FINANCEMENTS EXTÉRIEURS

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A cause des programmes d’ajustement structurel (PAS) du Fmi et de la Banque mondiale entre 1982 et 1987, la part budgétaire de l’enseignement avait chuté de 33% à 17 %, 9 %, puis 0,5% jusqu’à déclencher des années blanches ; le salaire des enseignants de 68$ à 27$, et les effectifs de ces enseignants réduits de presque 64%. Aujourd’hui, la BM et le FMI sont à nouveau à l’abordage alors que l’Etat peine à trouver 2,6 milliards Usd par an. Alerte à la catastrophe !

Faisant suite aux conclusions des initiatives diplomatiques du Président de la République pour le financement de la gratuité de l’enseignement primaire qu’il (Félix Tshisekedi) avait décrétée dès le début de l’année scolaire en cours, le Gouvernement de la RDC, à travers le Ministre des Finances, a négocié et obtenu un accord de principe de la Banque Mondiale pour soutenir cette initiative. Des appuis qui devraient commencer à être disponible, pour une partie, en janvier prochain, le reste devant être renvoyé à la prochaine année scolaire. La France a également entendu les requêtes de Félix Tshisekedi et, par la bouche de son Président, Emmanuel Macron, s’est engagée à apporter également son soutien.

Ces apports financiers extérieurs devraient venir en appoint aux efforts internes pour constituer un fond de Usd 2,6 milliards par année scolaire pour concrétiser cette gratuité. En effet, déjà avec la configuration du projet de budget de l’exercice 2020, le Gouvernement n’a pas pu dégager de moyens suffisants pour combler ce gap. Seulement 11,3% (soit 1,13 milliards Usd) de ce budget sont consacrés à la gratuité de l’enseignement primaire, ce qui représente juste la moitié des besoins annuels pour cette gratuité.

Concrètement, la RDC va dépendre, de moitié, aux apports extérieurs pour soutenir la gratuité de l’enseignement primaire. Nul ne sait, cependant, pour combien d’années cela va durer, même si la banque mondiale annonce un programme d’au moins cinq années. La question demeure lancinante, cependant, au regard de l’expérience du passé qui montre clairement comment ces apports extérieurs ont largement contribué à la déchéance du système éducatif congolais dans tous ces compartiments.

 

Les effets néfastes de la banque mondiale et du Fmi sur l’éducation

L’on doit se rappeler l’époque du programme d’ajustement structurel (PAS) qui, dans la période entre 1982 et 1987, avait causé la descente aux enfers de l’enseignement jusqu’à la clochardisation des enseignants, du moins le peu qui ont survécu à cette époque. Le pays s’était alors décroché des cimes de 33% du budget national alloué à l’éducation à 17 %, 9 %, puis 0,5% jusqu’à déclencher des années blanches ». Chiffres pour chiffres, le budget de l’État qui consacrait 159 $/élève en 1982 était descendu à 23 $ par élève en 1987, tandis que le salaire réel des enseignants est passé de 68 $ à 27 $, alors que leur nombre a été comprimé fortement pendant la même période, passant de 64 % (1982) à 31 % en 2006. La capacité effective du gouvernement à intervenir dans le secteur éducatif devient quasi-nulle tel qu’il apparaît dans la disparition presque totale des dépenses en capital et des dépenses non-salariales.

Cette époque est mieux documentée dans l’étude intitulée « La survie de l’école primaire congolaise (RDC) : héritage colonial, hybridité et résilience » de Marc Poncelet, Géraldine André et Tom de Herdt, et publiée en 2010 dans la revue Autrepart n° 54. Il est alors curieux de constater que l’Etat congolais renoue avec les mêmes partenaires, alors que, manifestement, aucune leçon n’a été tirée du passé, rien qu’à voir l’impréparation qui a caractérisée le déclenchement de la gratuité de l’enseignement.

 

Compter d’abord sur soi-même

En fin de compte, la recommandation de ces enquêteurs, datant de 2010, demeure de grande actualité aujourd’hui, neuf ans après : « L’arrivée de la Banque mondiale ne doit donc pas dédouaner l’Etat de pouvoir consacrer le paiement des enseignants et la prise en charge des écoles comme sa charge personnelle relevant du budget intérieur. Que l’argent apporté par des partenaires puissent s’occuper des autres aspects afin de garder la mission régalienne de l’État et de prévenir que l’arrêt du financement extérieur, de l’appui de la Banque mondiale, ne puisse encore, une fois, toucher le système éducatif congolais».

JEK

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