LA CENI FACE A L’UTOPIE D’UN CONSENSUS ÉLECTORAL

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Y a-t-il place, dans une matière électorale, à un quelconque consensus ? D’où viendrait-il et de quelle utilité serait-il, sinon de gargariser l’ego des politiciens sans envie d’aller aux élections et qui cherchent ainsi à les prendre en otage en montant en épingle une épiphénoménale problématique d’une confiance dont la clé ne réside que dans la libre volonté des uns et des autres suivant les intérêts et les calculs de chacun ? Que deviendrait alors l’indépendance d’une centrale électorale si, au nom du consensus et par le chantage de la confiance, elle doit se plier aux caprices des protagonistes ?

La Commission électorale nationale du Congo (Ceni) vient de boucler une semaine bien intéressante dans sa marche vers les élections. Une semaine marquée par une avancée notable dans la sensibilisation sur ce processus avec en point de mire, la vulgarisation de la machine à voter. La sensibilisation, qui n’est pas à son début, a concerné la grappe la plus sensible des partenaires électoraux, à savoir la classe politique, toutes tendances confondues.

Par petits groupes, majorité, signataires de l’accord de la cité de l’Union africaine, opposants radicaux, etc., se sont succédé pour échanger avec la centrale électorale à travers son Président, Corneille Nangaa qu’encadraient des membres de l’Assemblée plénière. Sauf que, sur cette dernière catégorie, la démarche aura été certainement délicate lorsqu’il devait être question de recevoir des sous-groupes d’un même ensemble supposé homogène, mais dont les composantes ont préféré se présenter en clics respectives : le G7, l’Udps, la Dynamique de l’opposition, etc., sans compter les « électrons libres » Unc et Mlc qui se caressent à l’idée de constituer une coalition, mais sans s’embrasser.

Comme des brebis vers la bergerie, chacun est ainsi allé à la Ceni « pour son propre compte », même si chacun critiquait chacun de s’y rendre. A l’instar de Jean-Marc Kabund de l’Udps qui a littéralement insulté les autres partenaires du Rassop/Limete pour être allé « se faire apprendre comment on utilise cette maudite machine à voler ». Le même Kabund qui a dit que l’Udps a décliné l’invitation de Nangaa avant qu’une délégation finisse par se retrouver en face de lui sans que personne n’explique à personne ce qui s’est passé pour qu’on assiste à un tel revirement.

Pour autant, ces petits regroupements qui vivent en chien de faïence tout en prétendant combattre un combat commun dans une même barque, ces groupuscules donc convergent sur une identité d’opinion : le rejet pour les uns, et le scepticisme et la suspicion des autres sur la machine à voter. L’Udps, dont un des délégués dit avoir posé 45 questions à Corneille Nangaa qui aurait promis d’y répondre par écrit, semble se cabrer malgré les explications reçues, tandis que le tandem Unc-Mlc s’arc-boute essentiellement sur la base légale qui sous-tendrait l’instauration de cet appareil dans l’exercice du vote, et que le G7 se mpongtre quelque peu aphone sur la suite à réserver à ce qu’il a vu et palpé.

Pour faire court, l’on a l’impression qu’après avoir hurlé très fort loin de la réalité, la proximité de la machine à voter a manifestement ébranlé les faux durs qui se trouvent à présent embarrassé face à l’opinion qu’ils ont chauffée à blanc : la machine à voter n’est pas aussi diabolique qu’on l’a présentée pour soutenir les intentions de tricherie que la centrale électorale entreprendrait de faciliter. Mais comment le reconnaître face à une opinion qu’on a manipulée et face à l’incontournabilité de l’obligation d’intégrer finalement le processus électoral en abandonnant le cul-de-sac d’une « transition sans Kabila » ? A cette question, la réponse trouve paraît être la nécessité d’un certain consensus autour de la machine à voter. Mais consensus dans quel calibrage sans empiéter sur l’indépendance de la Ceni ?

C’est ici que les Romains s’empoignent avec cette malheureuse tendance au soutien indirect de l’église catholique qui a demandé une certification indépendante de cette machine à voter. Sauf l’Udps qui victime de ses propres turpitudes, l’essentiel des forces politiques et spéciales en présence sont représentés dans les structures de la Ceni, principalement l’assemblée plénière qui en est l’organe de contrôle et de décision. Même si les audits et autres certifications externes sont les bienvenues comme s’en réjouit Corneille Nangaa, il faut craindre que cette voie de la recherche d’un consensus par des voies d’audit, d’authentification ou de certification sous prétexte de rétablir une confiance dont personne ne dit quand est-ce qu’elle a été rompue, sinon dans et par les calculs politiciens et les visées des uns et des autres, il est donc fort à craindre que cette recherche d’un consensus nous engage à une bataille contre les moulins à vent jusqu’à nous faire perdre la concentration sur l’essentiel qu’est le processus en cours.

C’est, en effet, chercher à satisfaire aux caprices des uns et des autres pendant qu’eux-mêmes ne font montre d’aucune réelle volonté d’aller aux élections. Lorsqu’un parti politique choisit de surseoir sine die à son congrès qui doit lui permettre de s’organiser pour les élections, au profit d’une marche ponctuelle tout en vilipendant le même processus électoral, que doit-on comprendre d’autre sinon qu’il n’est pas prêt ou pas disposé à se rendre à ces élections ?

Bref, plus qu’une utopie, tenter d’embarquer la Ceni dans l’utopie d’un consensus c’est apporter de nouvelles pesanteurs au bon déroulement de ce processus électoral qui est déjà suffisamment fragile avec les atermoiements d’autres partenaires qui, jusque-là, multiplient des conditionnalités sans toucher aux cordons de leurs bourses…

Jonas Eugène Kota

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