PROCESSUS ÉLECTORAL : CE QUE NSHOLE N’A PAS DIT A NEW YORK

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« L’épiscopat congolais est convaincu que seules les élections crédibles, transparentes et apaisées, peuvent donner au peuple congolais des gouvernants légitimes, capables de faire face à la crise multiforme qui ronge le pays. » La phrase est de l’Abbé Donatien Nshole, Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Nshole vient de la prononcer à new York lors d’une audition à une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu consacrée à la situation humanitaire en RDC.

En elle-même, quoique renfermant un relent de polémique largement perceptible, cette phrase résume la préoccupation qui occupe aujourd’hui les Congolais et, à la limite, on pourrait dire que l’Abbé Nshole n’avait pas besoin de parcourir plus de 10.000 km pour aller le dire à un auditoire qui le sait déjà. Même si, également, l’on doit considérer qu’en soi, les élections ne sont pas une panacée pour le développement.

 

Enfoncer une porte ouverte…

Quelque deux semaines avant son audition, en effet, le Conseil de sécurité s’y était largement attardé jusqu’à diffuser une déclaration en la matière contenant aussi bien des considérations électorales qu’humanitaires, sécuritaires et socioéconomiques. Le Secrétaire général de l’ONU a également publié un appel personnel dans lequel il engageait les Congolais à s’impliquer résolument dans le processus électoral qui est la seule voie pouvant mener à l’alternance et ainsi se départir de toute autre voie qui ne mène pas aux urnes.

Mais, ne dit-on pas que la répétition est la mère des sciences… Qu’à cela ne tienne, il est des moments, dans l’exécution d’un programme ou un projet, où l’on doit marquer un arrêt pour une évaluation en vue d’éventuels ajustements de la marche vers l’objectif poursuivi. Celui du processus électoral est la tenue des élections le 23 décembre 2018.

Et quel bilan la Cenco ferait-elle de sa contribution au bon déroulement de ce processus électoral dont le départ le plus concret pourrait être situé au lancement de l’identification et l’enrôlement des électeurs ? C’est ici, estimons-nous, que l’on attendait l’église catholique pour apporter son éclairage sur les efforts qu’elle aura mis dans le panier pour faire avancer ce processus électoral.

Même s’il est vrai que de manière prévisionnel, la Cenco pouvait servir de ressource-repère pour lire objectivement la situation en RDC, en remontant dans le temps, on comprendrait qu’aujourd’hui, la Cenco devrait plutôt faire une profonde introspection avant de se présenter à la place publique pour distribuer des notes aux uns et aux autres. Eglise au milieu du village, l’on s’attendait que les catholiques jouent aux rassembleurs pour engager les Congolais sur la même voie vers le bien-être commun.

 

Ce que Nshole n’a pas dit

Cependant, depuis le début, et c’est ce que l’Abbé Nshole n’a pas dit, la Cenco a brillé par sa démission avant d’adopter une posture de protagoniste actif sur la scène politique. En se situant juste aux négociations de la cité de l’Union africaine, on retrouve la Cenco comme participante sur le banc de la société civile. Pas pour longtemps puisque ses délégués vont quitter les travaux sous prétexte de faire le deuil des victimes des événements de septembre 2016. Ils n’y retourneront plus.

Par contre, on va les retrouver à Limete, à la clôture d’un conclave d’un groupe privé et restreint de la classe politique. Mais bien avant ces négociations, la Cenco s’était retrouvée à l’île de Gorée (Sénégal) lors d’un séminaire dont on connaît les initiateurs et les objectifs. C’est ce séminaire qui fut à la base du conclave de Genval, en Belgique, où naquit le « Rassemblement ». Et c’est à la clôture du congrès de cette plate-forme que la Cenco se retrouvera à Limete.

Face au problème d’inclusivité de l’accord de la cité de l’UA, artificiellement provoqué par le groupe qui se retrouvera sous le label du Rassemblement, la Cenco sollicitera du Chef de l’Etat un second round de négociation pour réaliser cette inclusivité. Mais au bout de plus de trois mois de médiation, la Cenco rendra le tablier après avoir échoué de faire atterrir l’accord du 31 décembre totalement différent de celui de la cité de l’UA qu’elle était censée rendre inclusif. Tout simplement parce que le médiateur avait échoué de faire aboutir l’arrangement particulier qui sous-tendait (et sous-tend encore) l’application de l’accord proprement dit.

Mais pour ne considérer que le processus électoral, l’histoire ne retient, à ce jour, aucune trace d’une implication effective de la Cenco à son bon déroulement pour la tenue des « élections crédibles, transparentes et apaisées » pouvant « donner au peuple congolais des gouvernants légitimes, capables de faire face à la crise multiforme qui ronge le pays ».

  1. En effet, déjà lors de la désignation du nouveau bureau de la Ceni qui devait succéder à celui du Pasteur Ngoyi Mulunda, l’église catholique s’était retirée pour ne pas avoir à se contredire avec le choix de l’Abbé Malu-Malu, présenté pour le compte de la société civile, comme en 2006. Mais on ne s’expliquera pas cette même attitude lorsqu’il s’agira de trouver un remplaçant à l’Abbé Malu-Malu après sa mort. Corneille Nangaa fut ainsi désigné par la société civile sans la participation de l’église catholique.
  2. Pour un bon accompagnement du processus électoral, les confessions religieuses se sont réunies au sein de la Commission d’intermédiation pour des élections apaisées (CIME). La Cenco, qui est censée en être membre, n’y a jamais siégé. Pourtant, à chacune des activités de la CIME, un siège est toujours réservé à un représentant de l’église catholique.
  3. Alors que l’accord qu’elle a négocié lui réserve un siège au sein du CNSA, la Cenco n’y a jamais siégé.

On peut ainsi multiplier des cas pour montrer et démontrer que depuis le lancement du processus électoral, l’église catholique a marqué sa présence, non pas du côté des solutions, mais de celui des complications. En effet, le plus officiellement du monde, la Cenco a adhéré au « manifeste » dit du Citoyen conclu à Chantilly, dans la banlieue parisienne, et qui poursuit des objectifs se résumant en trois mots : « Transition Sans Kabila ». Dans ce programme, l’église s’est offerte en encadreur avec le cadre de ses paroisses et ses homélies pour la mobilisation et la sensibilisation, ainsi que pour des manifestations.

Depuis longtemps donc, l’église catholique a préféré sa posture de protagoniste actif dans l’arène politique, siégeant sur les mêmes bancs de la contestation, la revendication et même la subversion. Elle s’est même doté d’un bras séculier, le CLC, chargé des besognes aux considérations bien particulières quant à ses méthodes voguant hors la loi.

C’est donc ceci, et tant d’autres détails que l’Abbé Nshole a « oublié » de dire à ses interlocuteurs, préférant ressasser même ce que l’émissaire du SG vient de faire en RDC pour évaluer les besoins humanitaires.

Luc Mambo Ngele

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