THAMBWE-MWAMBA: « JE VAIS GÉRER LE SÉNAT SANS TENIR COMPTE DES FAMILLES POLITIQUES »

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En République démocratique du Congo, Alexis Thambwe Mwamba a été élu samedi 27 juillet à la tête du Sénat, après une campagne très disputée. C’est un poids lourd de l’ancienne majorité présidentielle qui accède à la présidence de la chambre haute. Ancien ministre de la Justice, il a le soutien de l’ancien président, Joseph Kabila. Quelles seront les réformes portées par le Sénat sous son mandat ? Comment perçoit-il son rôle au sein de cette institution ? En ligne de Kinshasa, Alexis Thambwe Mwamba répond à RFI.

RFI : le Sénat n’a connu qu’un seul président depuis 2006. Qu’est-ce que vous pensez changer avec votre présidence ?

Alexis Thambwe Mwamba : Le président sortant du Sénat, monsieur Léon Kengo wa Dondo, est déjà mon mentor en politique. Il a fait de notre Sénat une institution de référence. J’ai l’ambition de faire les choses comme lui, au minimum, mais avec une touche supplémentaire qui portera ma signature.

 

À savoir ?

Je vais, notamment, moderniser complètement l’Institution. Tout le système de gestion sera informatisé. que les sénateurs proviennent de l’opposition Lamuka, qu’ils proviennent de notre allié Cach ou de notre famille politique, tous les sénateurs seront traités sur le même pied d’égalité.

 

Votre victoire était finalement plus disputée que ce que vous pouviez espérer. N’est-ce pas le signe de dissensions au sein la coalition pro-Kabila du FCC ?

Le fait qu’un dissident de notre famille politique ait été mon challenger et qu’il ait utilisé une méthode de campagne extrêmement violente, c’est la preuve, en fait, que nous sommes une véritable démocratie.

 

Vous l’emportez avec une courte tête, avec 65 voix contre 43, face à votre adversaire Modeste Bahati Lukwebo. Votre second – Evariste Boshab – a, lui, été battu. Comment expliquez-vous cela, au vu des résultats confirmés par la Cour constitutionnelle ?

Il y a vingt-deux points de différence entre lui et moi. Il est évident que certains de nos sénateurs, une vingtaine certainement, ont opté pour monsieur Bahati. Donc ça c’est clair, ils avaient des raisons de croire que monsieur Bahati était peut-être meilleur candidat que moi, mais ce qui compte, c’est que je l’ai emporté avec vingt-deux voix de différence en ma faveur. En ce qui concerne mon colistier Évariste Boshab, manifestement c’était une surprise. Une surprise désagréable pour notre famille politique. Nous allons faire l’évaluation de cette situation-là pour savoir exactement ce qui s’est passé en ce qui le concerne.

 

Vous êtes devenu le deuxième personnage de l’État. Cela fait de vous le successeur constitutionnel de Félix Tshisekedi. Si ce dernier est empêché d’exercer le pouvoir, est-ce que vous comprenez que l’on puisse soupçonner le FCC d’avoir cette arrière-pensée ?

Non, non. Nous n’avons certainement pas cette arrière-pensée. Le président Félix Tshisekedi est un homme en parfaite santé, en parfaite lucidité, et il n’y a aucune raison pour que nous puissions imaginer ce genre de scénario. Et moi-même, je n’accède pas à cette responsabilité de deuxième personnalité de la République dans l’espoir de pouvoir occuper le poste du président de la République pendant quatre-cinq mois maximum. C’est ce qui est prévu par la Constitution. Non, non, je suis là comme président du Sénat pour veiller à la stabilité des institutions, à commencer par la présidence de la République et à faire en sorte que notre coalition avec Cach du président Félix Tshisekedi, puisse correctement aller jusqu’au bout de son terme, c’est-à-dire jusqu’en 2023. Nous n’avons, nulle part, examiné un scénario où le président pourrait être empêché ou situé dans une position où il pourrait ne plus exercer.

 

Donc vous pouvez aussi vous engager à ne rien tenter contre le président Tshisekedi, à l’avenir ?

Il n’y a aucune raison pour que nous puissions tenter quoi que ce soit contre le président Tshisekedi. Je serai dans ma position de gardien de la Constitution. Donc il n’y a aucune arrière-pensée pour déstabiliser le président Tshisekedi et nous n’essaierons rien qui sorte du cadre de la Constitution.

 

Vous avez été entendu pendant quatre heures, en septembre 2018, par la justice belge, dans le cadre du crash d’un avion survenu à la suite d’un tir de missile le 10 octobre 1998. Vous étiez, à l’époque, porte-parole de la rébellion RCD et vous aviez revendiqué cet attentat sur notre antenne. Cet avion transportait plusieurs dizaines de civils à son bord. Quel rôle avez-vous joué dans cette affaire ?

J’étais porte-parole. J’étais responsable des relations extérieures du mouvement. Et ce que je ne comprends pas, c’est que les gens me reprochent d’avoir annoncé ce qui est arrivé. Nous ne pouvions quand même pas, dans le cadre de cette guerre civile qu’on avait à l’époque, voir abattu un avion et ne pas l’annoncer au monde entier ! C’est ce que nous avons fait. Je me suis limité à dire ce qui s’était passé à Kindu. Je sais que le dossier a été monté par des hommes politiques que je connais très bien, mais que je ne peux pas citer ici, et je suis tout à fait serein sur ce dossier-là.

 

Est-ce que vous regrettez cet attentat ?

Toute mort d’homme est regrettable. Mais ce que l’on me reproche, finalement, c’est de l’avoir annoncé. Je n’avais aucun pouvoir militaire pour décider d’abattre un avion.

 

Revenons à votre rôle à la tête du Sénat. Est-ce que vous êtes favorable à une révision de la Constitution ?

Il y a plusieurs dispositions de cette Constitution qui sont aujourd’hui contestées. Prenons juste un cas. La nationalité congolaise, qui est l’article 10 qui rejette la possibilité d’une double nationalité, c’est une question qui est aujourd’hui remise en question.

 

Sur le fond, à part la question de la nationalité congolaise, il n’y a pas d’autres questions à toucher, comme par exemple, la limitation du nombre de mandats ou encore le caractère direct de l’élection du président ?

Cela ne dépend pas du président du Sénat. Cela dépend des représentants du peuple. Cela dépend de la société civile. Mais la composition, par exemple, du Conseil supérieur de la magistrature, est fixée par la Constitution. Donc il y a toute une série de dispositions de la Constitution qui aujourd’hui peuvent être contestées par les uns et par les autres. Mon rôle, en tant que président du Sénat, sera d’écouter, de diriger les débats. Et s’il y a une décision, elle sortira des débats. Elle ne sortira pas de moi.

 

Est-ce que, par exemple, vous êtes favorable au rétablissement de l’élection présidentielle à deux tours ?

Tout cela fera l’objet d’un débat. Pourquoi est-on passé de deux tours à un tour après l’élection de 2006 ? Cela s’est passé au niveau du Parlement. Donc ce sera aux parlementaires de décider si tel doit en être le cas.

 

Il y a beaucoup d’accusations de corruption avancées pendant ces élections, notamment pour l’élection des sénateurs ou des présidents d’assemblées provinciales. Pensez-vous qu’il faut rendre ces élections au suffrage direct ?

Il appartiendra aux représentants du peuple de décider s’il faut remettre ces élections au suffrage direct.

 

Comment peut-on, selon vous, lutter contre la corruption dans le processus électoral ?

Grâce à la mandature actuelle et à la détermination de beaucoup de députés sénateurs, nous allons apporter, au point de vue législatif, les amendements nécessaires pour que nous puissions contrôler beaucoup mieux ce secteur.

 

Avez-vous parlé avec Joseph Kabila ? Comment est-ce qu’il perçoit son rôle de sénateur ?

Il est sénateur à vie et il ne le perçoit pas autrement. Il m’a dit qu’il assistera à certaines séances, quand il sera nécessaire.

RFI (Le titre est de la rédaction)

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