PROGRAMME DE 100 JOURS : L’ODEP DÉNONCE, LA PRÉSIDENCE S’ACCUSE

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Face aux des chiffres du rapport ODEP qui claquent comme des coups de fouet et à des pratiques de gestion qui mettent à mal le credo de la bonne gouvernance et suscitent des interrogations sur les perspectives les plus immédiates en la matière, la présidence de la République s’est cru en devoir d’apporter une réplique dans une précipitation qui la renvoie à des contradictions et autoaccusations: par exemple, l’ODEP avance 21 projets de gré à gré, la présidence parle de 10% seulement sur les 400 projets du programme, ce qui fait pourtant plus de 40 projets.

C’est un véritable coup de pied dans la termitière de la gouvernance de la République que l’Observatoire de la dépense publique (ODEP) vient de taper à travers son rapport couvrant la période budgétaire de janvier à fin septembre 2019. Une période durant laquelle la présidence de la République avait pris en charge l’exécution du budget, particulièrement pour le volet consacré au « programme d’urgence pour les 100 premiers jours du chef de l’Etat ».

« Faiblesse de la transparence et de la redevabilité, irrégularité des procédures, indiscipline budgétaire », autant de qualificatifs attribués par l’ODEP à cette période. Un intitulé qui dit tout de ce qu’aura été cette exécution budgétaire et des casseroles qu’elle aura entraînées, sans oublier les risques que tout ceci fait encourir au pays en ce qui concerne les nouveaux partenariats et programmes qu’il entend nouer en international. L’on se souvient, sur ce sujet, que leurs des séjours du chef de l’Etat aux USA et en Belgique, nombre de ses interlocuteurs – les investisseurs essentiellement – avaient attendre de voir comment il évoluerait avant de décider de s’engager ou pas.

Sur 42 pages, le rapport égraine des chiffres qui claquent comme des coups de fouet et des pratiques qui mettent à mal le crédo de la bonne gouvernance et suscite des interrogations sur les perspectives les plus immédiates en la matière. Des « surfacturations » aux « sur-financements » (terme nouveau dans les pratiques courantes en RDC) en passant par l’« opacité » de certains marchés (plus de 84 % de la période) passés « de gré à gré » ou « sans adresses précis », l’ODEP aura manifestement rejoint l’opinion de ces observateurs qui, dès le départ, se chagrinaient de l’absence de toute étude fiable des projets, ni de cadrage financier et, encore moins, d’échéancier des travaux, sans oublier les sources des financements et la disponibilité de ceux-ci.

 

Les dénégations de la Présidence qui l’accusent

Manifestement, puisque la présidence de la République n’a pas tardé à réagir pour réfuter, pêle-mêle pour le moment, certaines données du rapport avant de promettre de publier bientôt le sien, chose que les médias – qui surveillaient la période des 100 jours » – ont toujours attendus sans succès. Selon RFI, en effet, la présidence de la République rejette le montant global de 2,5 milliards Usd avancé par l’ODEP comme coût des différents projets de la période sous examen, soutenant plutôt celui de 498 millions « avec un taux d’exécution d’environ 70% ».

Une minoration des chiffres qui se justifierait par le fait, selon la présidence de la République, que l’ODEP aurait incorporé dans son analyse d’autres projets ne figurant pas dans le programme d’urgence de Félix Tshisekedi. L’on se souvient, pourtant, que les communicateurs de la présidence et des soutiens extra-institutionnels (Udps et alliés, par exemple) n’ont jamais fait cette distinction, mettant tout ce qui se faisait à l’actif du programme des 100 jours dont le réalisateur finira par être affublé du surnom de « Fatshi béton ».

 

L’ODEP avance 21 projets de gré à gré, la présidence soutient plus de 40 !

Ce n’est pas tout. La présidence de la République rejette le nombre de 21 projets présentés par l’ODEP comme ayant été effectués de gré à gré, et dont le budget de 5 d’entre eux dépasseraient le seuil légal d’éligibilité de Usd 4 millions. La présidence de la République avance plutôt que sur plus de 400 projets que compte le programme des 100 jours du chef de l’Etat, seuls 10% d’entre eux ont été passés de gré à gré. Calculs faits, 10% de plus de 400 projets font bien au moins 40 projets, soit le double des chiffres avancés par l’ODEP…

La présidence de la République avance également que près de 90% des projets du programme des 100 jours étaient déjà engagés par le régime précédent. Les observateurs retiennent pourtant que nombre de ces projets inachevés ont longtemps souffert du manque de financement malgré leur utilité et les appels des bénéficiaires, particulièrement dans la ville de Kinshasa. C’est, notamment, le cas de certaines routes dans la partie Ouest de la ville (Ngaliema et Mont Ngafula) dont la non finalisation constitue l’une des causes qui ont fait renvoyer l’inauguration du saut-de-mouton de Pompage.

Quant à la responsabilité des surfacturations ou des sur-financements de certains projets avancés par l’ODEP, la présidence de la République en renvoie la responsabilité, notamment au FPI et au FONER qui avaient apporté le financement. La présidence ne dit, cependant, pas que ces organismes ont débloqué, sur instruction, des fonds sur base des études et des budgets qui leur ont été soumis sans qu’il ne leur ait été laissé la possibilité ni le pouvoir de contre-vérification ou de contre-évaluation.

Et pour ce qui est des autres projets (école du camp Tshatshi et logements des militaires et policiers) concernés par les surfacturations ou les sur-financements, la présidence estime que l’ODEP a sous-évalué les travaux effectués, mais n’avance rien à l’étai de cette explication.

En effet, pour le cas particulier des logements (3000 maisons préfabriquées), il s’est observé de criantes disparités entre, aussi bien l’attributaire du marché que les montants initiaux et l’affectation finale de ces logements dits « sociaux » au départ. Du reste, pour le cas spécifique de l’Institut Mokengeli à Kinshasa (Usd 300.000 au départ contre Usd 1.880.000 débloqués), le document officiel du programme des 100 jours tel que présenté au public n’indique nulle part la source de ce financement.

 

Un audit s’impose

En fin de compte, la présidence de la République promet de livrer, à son tour, le rapport d’exécution du programme des 100 jours. Entretemps, les services du Gouvernement censés avoir repris ce programme depuis novembre dernier, tel qu’annoncé par le chef de l’Etat dans son discours sur l’état de la Nation, ces services donc affirment n’avoir encore reçu aucun rapport  à ce jour pour une évaluation préalable avant la poursuite de son exécution.

Pour sa part, l’ODEP en appelle à un audit – par le Parlement, la Cour des comptes et l’Inspection général des finances – de tous les projets financés dans la période de janvier à septembre 2019.

Jonas Eugène Kota

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