INSÉCURITÉ A L’EST : COMMENT LES JIHADISTES SE SONT INSTALLÉS EN RDC

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Dans cette seconde partie de notre entretien, le journaliste Nicaise Kibel’bel Oka nous convie dans le sillage de l’origine et l’installation des jihadistes en territoire congolais. Leurs récentes revendications d’attaques contre des positions des FARDC sont un non-événement puisque les islamistes n’en étaient pas à leurs premières attaques. Notre confrère déplore l’insouciance des politiciens qui ne prennent pas la mesure de la situation, et des Congolais qui ne connaissent que très peu le Congo profond. De même, il estime hypocrite l’attitude de la communauté internationale face à la présence des djihadistes en RDC dont ils sont au courant depuis longtemps.

Pour la toute première fois, les islamistes ont revendiqué une attaque des positions militaires des FARDC. La seconde revendication est intervenue la semaine dernière. Comment avez-vous appréhendé cela ?

NKO. : Pour notre part et avec la connaissance du terrain, cela ne nous a pas vraiment surpris. Un fait divers. Les gens voulaient les entendre revendiquer, ils l’ont fait. Nous, nous savons que le terrorisme religieux et/ou islamiste ne procède pas par des conférences de presse, soit-il hebdomadaire. Le terrorisme se juge par des actes, par la terreur. Donc, pour nous, ça a été un non-événement.

 

Qu’en est-il exactement de cette présence des islamistes à l’Est de la RDC, c’est-à-dire qui sont-ils, d’où viennent-ils, depuis quand sont-ils en RDC, que cherchent-ils et comment sont-ils arrivés là ?

NKO. : Au départ, ce sont des rebelles ougandais délogés après avoir commis des forfaits, notamment dans l’attaque de la grande mosquée de Old Kampala. Quand ils s’installent dans le Ruwenzori en RDC, ils bénéficient de l’hospitalité de la population et ils vont cohabiter avec la population locale. Petit à petit, ils développent des activités commerciales et idéologiques. Ils évoluent ensuite dans leur incrustation par la conversion tacite à l’islam et/ou par la conversion forcée, le jihad. Ils kidnappent des jeunes gens surtout à bas âge. Ils les forment aux rudiments du coran et au maniement des armes. Ils vont avoir pour formateurs des Somaliens, des Soudanais et autres. Avec cette diversité, l’islamisme va s’étendre et devenir plus violent encore

Quelle est la proportion de la responsabilité des islamistes dans l’insécurité à l’Est ?

NKO. : Une grande responsabilité, mais seulement ils ne sont pas les seuls. Ils ont trouvé des milices locales avec lesquelles ils commettent de la violence et entretiennent l’insécurité dans la région. La région est une zone grise où sévit une guerre hybride.

 

Quels sont le profil et les motivations de ces groupes islamistes ainsi que leurs positionnements géographiques par rapport aux champs des confrontations ?

NKO. : Ce sont des islamistes radicaux qui prêchent le jihad armé et qui tiennent à instaurer un Etat islamique. Ils sont de souche d’origine indo-pakistanaise installée dans les années 1940 en Tanzanie, les Tabliq. Ils se meuvent sur toute la région des Grands Lacs. Ils ont établi leur QG à Madina/Ruwenzori, dans le parc national des Virunga et quadrillent tout le territoire de Beni sur trois axes, à savoir Watalinga/Kamango- Bashu/Mughalika/Karuruma – Eringeti.

 

Pendant longtemps, le Gouvernement et les FARDC ont dénoncé cette présence islamistes à l’Est, mais sans susciter un intérêt de la communauté internationale. Même la Monusco déclarait toujours ne pas disposer de données suffisantes pour l’attester. Comment expliqueriez-vous cette attitude ?

NKO. : Notre pays est au centre des enjeux géopolitiques. Des lobbies Anglo-saxons ont tout fait pour nier cette réalité alors qu’ils en détiennent les preuves. La Monusco obéit à cette logique des américains qui croient être  les seuls à déterminer quel acte est terroriste et quel autre relève de la querelle des nègres. Vous avez vu comment ils se sont agités quand les islamistes ont revendiqué les attaques vers Kamango. De deux, la classe politique congolaise se la coule douce à Kinshasa sans s’intéresser à ce qui se passe et se vit à l’intérieur du pays. Les intellectuels congolais ne connaissent pas bien le Congo profond. Ils se fient à ce que les médias occidentaux racontent sur notre pays. Enfin, il y a un manque de patriotisme qui se ressent surtout dans le mépris que le Congolais a contre son armée nationale, les FARDC, qu’il critique à longueur de journées, oubliant que l’armée est l’émanation de la population. Elle n’est pas un grand séminaire.

 

Lire notre précédente partie de l’interview ici : http://congovirtuel.org/insecurite-a-lest-premiers-agents-communautes-locales/

Propos recueillis par Jonas Eugène Kota

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