INONDATIONS A KINSHASA : CATASTROPHES ANNONCÉES

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La capitale congolaise est à nouveau touchée par les crues de ses rivières qui font profiler des dégâts de tous ordres : mort d’homme, destruction des maisons et des infrastructures, pollution de l’environnement, érosions, etc. Tout cela parce que l’homme a modifié la nature et l’Etat s’y est montré négligent, voire complice. Kinshasa va encore pleurer ses enfants…

Le Premier ministre a poursuivi, lundi, sa tournée dans la ville pour se rendre compte de la situation causée par les inondations causées par les crues du fleuve Congo suite aux dernières pluies diluviennes. Sylvestre Ilunga s’est rendu à Limete au quartier Kingabwa pêcheurs également appelé « Grand Monde ». Ici vivent, en effet, des populations côtoyant les lagunes adjacentes au fleuve où, ils s’adonnent essentiellement à la pêche. Ici également est érigé la coquette Cité du Fleuve qui jouxte ces étendues de pauvreté du « Grand Monde ».

Toutes ces contrées sont envahies par les eaux du fleuve. Le quartier des pêcheurs est quasi totalement sous eaux, tandis que la Cité du Fleuve est envahie d’eau sur ses allées dont certaines s’affaissent. Des canalisations d’eau sont aussi débordées, autant que les fosses septiques dont le contenu déborde également avec toutes les conséquences sur l’environnement immédiat.

Le chef du Gouvernement a donné des instructions pour une prise en charge des victimes de ces inondations en attendant des solutions plus appropriées. Cependant, au regard du niveau de la pluviosité de ces derniers temps, l’on doit s’attendre à ce que cette situation s’étende dans presque l’ensemble de la ville de Kinshasa qui va alors vivre une série de catastrophes.

 

L’incurie de l’homme sur la nature

En effet, l’hydrographie de la ville, couplée à la mauvaise urbanisation sont autant d’aléas qui prédispose la population à des sinistres de divers ordres allant de la pollution de l’environnement et ses conséquences en termes de maladie d’origine hydrique à des pertes en vies humaines en passant par la destruction des maisons, les érosions ou encore l’endommagement, voire la destruction des infrastructures telles que les routes et les ouvrages d’art (ponts, caniveaux, collecteurs, etc.

Les spécialistes en matière hydrographique et des catastrophes sont d’autant plus chagriné que dans sa configuration urbanistique du départ, Kinshasa n’était pas disposé à subir ce genre de catastrophes si l’homme ne l’avait pas modifié (la configuration). Les constructions anarchiques, les déboisements, le bouchage ou la destruction des voies d’évacuation des eaux, voire même la négligence de la météo, etc., sont autant d’éléments qui ont conduit la ville à ce genre de vulnérabilité. Ceci est d’autant plus grave que même le Gouvernement y a contribué, non pas seulement par sa passivité, mais aussi par la récupération, pendant plusieurs années, à partir de 1997, de la parafiscalité qui rapportait à l’Office des voiries et drainages (OVD) les moyens pour agir sur les infrastructures urbaines ainsi que pour le curage des cours d’eau.

 

L’hydrographie qui sème le danger à Kinshasa

Et lorsqu’on revient sur l’hydrographie de la ville, on peut bien imaginer l’étendue de la catastrophe qui se profile à l’horizon. En effet, Kinshasa est traversée par  une vingtaine de rivières presque toutes parallèles qui coulent dans des vallées envasées (obstruées par la vase) ou encaissées (située au fond des crevasses causées notamment par les érosions). Ces deux aspects font que ces rivières causent soit des inondations, soit des érosions, celles-ci étant facilitées par la mauvaise urbanisation et la mauvaise gestion du sol et de l’environnement en général.

Ces rivières ont, en plus, la particularité de traverser des communes et quartiers particulièrement peuplés, ces communes étant, pour certaines, traversées par plusieurs rivières à la fois. C’est, notamment, le cas des rivières Ndjili qui traverse Kimbanseke, Ndjili, Kisenso, Matete, Limete et Masina. La rivière Matete traverse  les communes de Lemba, Matete, Mont-Ngafula, Limete et Kisenso où elle tire sa source. La Tshangu Rivière Tshangu (la plus importante rivière sur le site bâti et dense de Kinshasa) sillonne quelques quartiers de Kimbanseke, Ndjili et Masina.

La rivière Lukunga, qui part de Ngomba Kikusa à 520 m d’altitude dans la commune de Ngaliema, traverse celle-ci, la Cité Mama Mobutu et une partie de Mont-Ngafula. Elle n’a qu’une profondeur de 2 mètres, ce qui peut donner une idée sur une crue due soit à la pluie, soit à la montée des eaux du fleuve où elle se jette.

Les rivières Bumbu et Funa, nées des hauteurs de Mont-Ngafula et Mont-Amba, coulent parallèlement à travers les communes de Bumbu, Mont-Ngafula, Selembao, Makala. Elles se joignent dans la commune de Kalamu à partir de laquelle elle porte ce nom avec une profondeur de seulement 1 à 3 mètres. La Kalamu rejoint, plus loin,  la rivière Yolo avant de se jeter au fleuve Congo près, de l’état-major des forces navales après avoir traversé (la Yolo) les communes de Selembao, Bumbu, Mont-Ngafula, Lemba, Makala, Kalamu, Limete et l’aéroport de Ndolo.

Quant à la Gombe, qui traverse les communes de Lingwala et celle dont elle porte le nom, elle n’est pas, en réalité, une rivière. Il s’agit, en fait, d’un collecteur d’eaux pluviales à ciel ouvert qui part de l’avenue des Huileries à côté du camp Lufungula. Celle-ci se transforme en cours d’eau à son embouchure dans le fleuve Congo. C’est un collecteur particulièrement redoutable lors des pluies avec sa profondeur moyenne de 2 mètres qui est largement dépassée à cause de l’exiguïté de son sillon, soit 6 mètres seulement. Les ministères des Finances et du Budget, ainsi que les constructions voisines et le rond-point Socimat sont inondés pratiquement à chaque pluie suite aux crues de ce collecteur.

Enfin, mais sans être exhaustif, la célèbre rivière Makelele qui traverse, notamment, les commune de Selembao, Ngaliema (camp Luka), Bandalungwa, Kintambo et Gombe. Cette rivière, profonde de 2 mètres en moyenne, a la particularité de se situer presqu’au même niveau que le fleuve Congo. En sorte que les crues de celui-ci refluent sur Makelele qui, encombré sur ses berges par des constructions anarchiques, causent les dégâts que l’on connaît.

En 2007, par exemple, la rivière Makelele avait débordé de 150 mètres de part et d’autres. Certaines maisons avaient été inondées jusqu’à plus de 4 mètres de hauteurs. Les eaux débordantes avaient même atteint les ponts sur les avenues OUA et Mondjiba. Même le pont Lunda Bululu, sur l’avenue Kasa-Vubu, avait été envahi. Ce pont avait été construit au début des années 90’ à la suite d’autres crues qui avaient amenés au déplacement de certains riverains vers Mpasa. La plupart d’entre ceux-ci étaient revenus à Makelele et certains avaient dû périr lors des crues de 2007. Une autre crue de Makelele avait causé plus de 50 morts en 1970.

 

Sonner l’alerte !

Ces exemples parmi tant d’autres peuvent paraître rébarbatifs, mais ils ont le mérite de la sensibilisation face à la menace qui s’annonce, non seulement avec les pluies actuelles, mais aussi avec les seules crues du fleuve Congo qui peuvent refluer sur ces rivières et causer les mêmes dégâts. Puisqu’il ne sera pas possible, soit de rétablir la nature dans ses droits en évacuant les berges de ces rivières, soit d’organiser une meilleure canalisation des eaux, il n’est pas inutile d’attirer l’attention des autorités à tous les niveaux pour qu’elles organisent les sensibilisations nécessaires sur les mesures et les pratiques adaptées aux circonstances des inondations.

Jonas Eugène Kota

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