CRISE MORALE AU KONGO CENTRAL : LE FÂCHEUX PRÉCÉDENT DE KANKONDE

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Pour avoir manqué de sens proactif qui lui aurait dicté d’agir même plus vite que la justice dans le scandale sexuel du Kongo Central, alors qu’il dispose des services de renseignements pour ce faire, le VPM de l’Intérieur a, par son attentisme, fait une prime à l’immoralité et créé des conditions d’une profonde et longue crise au sein de la société congolaise.

Une masse dominante de récriminations s’élève de la société congolaise pour désapprouver la décision du Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur de réhabiliter les Gouverneur et vice-Gouverneur du Kongo Central. Atou Matubuana et Vincent Luemba étaient en suspension depuis plus de quatre mois suite au scandale sexuel dans lequel ils étaient impliqués à travers une vidéo mettant en scène le vice-Gouverneur nu, en plein accouplement avec une assistante du Gouverneur, avant l’intervention d’autres personnes sur la scène, dont des policiers et même le Redoc (patron de l’ANR/Kongo central) en personne. Une vidéo qui, jusqu’à ce jour, entretien l’émoi et le choc moral, non seulement au sein de la communauté ne Kongo connue pour sa pudeur en cette matière, mais aussi pour l’ensemble de la société congolaise et ses valeurs morales.

Le VPM Gilbert Kankonde, qui avait suspendu les deux concernés sur demande du Procureur Général près la Cour de cassation pour raison d’enquête, n’a pas motivé sa mesure de leur réhabilitation. On croit, cependant, comprendre que celle-ci est intervenue en raison, non seulement du refus de l’assemblée provinciale du Kongo Centrale d’autoriser les poursuites judiciaires contre Atou Matubuana dont le Procureur Général était convaincu de son implication comme auteur de cet attentant à la pudeur publique, mais aussi de multiples interventions et pressions dont il (Kankonde) aurait fait l’objet sur ce dossier. L’argument de base se trouve être le fait qu’aucune poursuite judiciaire n’est plus possible après la décision de l’Assemblée nationale et, à ce titre, ilo n’y avait plus raison que les concernés ne reprennent pas leurs fonctions.

 

Défaitisme et attentisme dévastateurs

Seulement, cette décision, pour le moins défaitiste, du VPM/Intérieur a produit l’effet contraire à ce que suggèrent les conséquences plutôt mécanique et immatérielles de la procédure judiciaire qui a eu le malheur de croiser le chemin d’une décision politique. C’est, en tous cas, ce que démontrent toutes ces réactions négatives et parfois violentes qu’a suscité la réhabilitation de personnes reconnus unanimement coupables d’un opprobre innommable. C’est également ce que démontre la démission de la Ministre provinciale du genre qui a préféré se dissocier d’un exécutif chapeauté par des auteurs de l’humiliation de la femme pour avoir utilisé des personnages féminins tels que la tristement célèbre Mimi dans leur scénario de la honte.

Pourtant, Gilbert Kankonde disposait de toutes les manettes de décision pour s’assumer et imposer la sanction qui s’impose en pareille situation afin d’apaiser toute une société éplorée, plutôt que de se résigner face aux impératifs mécaniques des règles (même légales), sans tenir compte des exceptions qui, dans le cas d’espèce, dominait largement dans la prise de décision. En effet, en leur qualité d’agents de l’Etat, les Gouverneurs et vice-Gouverneurs du Kongo Central ont violé leur code d’éthique en se rendant, notamment, coupable de vagabondages sexuels entrainant l’attentat à la morale publique et à l’éthique. Des actes doublés d’une préméditation, car, contrairement à d’autres histoires de sextape qui éclatent seulement suite à la divulgation d’images privées, l’affaire Matubuana-Luemba relève d’un cas délibérément planifié, organisé et exécuté à des fins de nuisance.

Des querelles interpersonnelles au sommet de l’Etat, tel qu’apparu dans cette affaire, dictaient, par ailleurs, la nécessité de débarrasser la province des protagonistes qui risquaient d’en faire pâtir toute la province comme on le déplore aujourd’hui.

A moins de n’avoir pas vu toutes ces dimensions de l’affaire – ce qui relèverait d’une irresponsabilité plus que coupable de sa part -, le VPM Gilbert Kankonde aura fait montre, dans ses appréciations, d’un manque criant de réflexe proactif qui l’aurait amené à agir même plus vite que la machine judiciaire. Patron de l’Intérieur, en effet, il dispose ses services de renseignements qui auraient pu lui fournir les informations nécessaires pour agir en conséquence en saisissant le Président de la République, par le canal du Premier ministre, qui a la prérogative constitutionnelle de révoquer les Gouverneurs de province et même de les mettre à la disposition de la justice, et cela sans avoir besoin de passer par une Assemblée provinciale.

En son temps, le Président Kabila avait, sur proposition du Premier ministre Matata Ponyo, révoqué un vice-Ministre pour une sextape qui le mettait en scène dans son bureau de travail.

Aujourd’hui, la dynamique en cours à l’Assemblée provinciale – à travers une motion de défiance contre Matubuana et son adjoint – finira peut-être par consoler les bonnes consciences. Mais un fait est que, par son attentisme, le VPM de l’Intérieur a livré cette affaire à toutes formes de spéculations politiques qui, déjà, font le lit d’un conflit qui risque de plonger le Kongo Central dans une profonde crise institutionnelle. Déjà dès sa reprise de fonctions, Atou Matubuana règle des comptes : il vient de limoger le Ministre de l’Intérieur qui faisait son intérim et réhabilité le ministre des finances que son intérimaire avait révoqué.

Jonas Eugène Kota

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