CORRUPTION ET DÉTOURNEMENTS : CES 15 MILLIONS QUI CRIENT

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« En date du 10 mai 2019, le Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat avait, par sa lettre 0957/05/2019, demandé au Directeur général de la Rawbank de virer le montant de la décote dans le compte 01061555601-27 COMITE DE SUIVI PROGRAMME/PR au lieu du compte utilisé habituellement par le Comité de suivi des prix des produits pétroliers pour ces fonds » (Rapport de contrôle de l’IGF daté 31 juillet 2019)

L’affaire des 15 millions Usd pompés sur l’acompte au paiement des distributeurs des produits pétroliers n’est pas une vue d’esprit. Et le battage médiatique tendant à disqualifier l’Inspecteur général des finances et son enquête n’a eu de mérite que d’en souligner la circonspection et exacerber la curiosité. Loin de s’estomper, l’affaire continue de faire jaser dans les réseaux sociaux, mais pas que là.

Dans les couloirs à la « Présidence de la République » règne une atmosphère plutôt lourde. L’assourdissant silence ambiante souligne également aussi bien la circonspection que l’étonnement de ceux qui n’osent pas poser ouvertement la question. Un fait est certain, cependant, selon nos sources bien introduites : s’il n’y a pas eu d’autorisation formelle et officielle pour une enquête, des questions ont bien été posées en « très haut lieu » et des instructions ont bien été données pour voir clair dans cette histoire pour le moins rocambolesque.

 

L’affaire est connue en « haut lieu », assure-t-on ici

Ceux qui sont proches du dossier présentent Marcellin Balomba comme l’homme qui a tapé dans la termitière et qui, aujourd’hui, dérangerait sérieusement. C’est, en effet, lui, Conseiller principal au collège économie et finances du Chef de l’Etat, qu’à une date qui ne nous a pas été déterminée, qui aurait été approché par les distributeurs des produits pétroliers qui lui auraient fait  part, à l’intention de qui de droit, de leur intention d’aller en grève pour réclamer le paiement de leur dû.  Les sociétés pétrolières de distribution et des services se plaignent, depuis quelques années, du manque à gagner occasionné par le blocage, depuis 2017, des prix à la pompe décidé par le Gouvernement. Ce dernier s’était engagé à subventionner les coûts des fluctuations de change et autres coûts engendrés par ce blocage qui a désarticulé la structure des prix.

Alerté par la perspective de la pagaille que provoque la cessation des activités dans les stations-services, Marcellin Balomba en aurait alors référé au chef de l’Etat et une solution intermédiaire sera trouvée avec l’allocation d’un montant de 100 millions Usd au profit de ces sociétés. Quelques temps après, cependant, ces derniers retournent auprès de leur interlocuteur pour se plaindre de n’avoir reçu que 85 millions Usd. C’est de là que serait partie l’affaire. 15 millions Usd, dits montant de la décote, manquent aux comptes.

Balomba retourne auprès de « qui de droit » qui le charge de l’éclairer un peu plus. De fil en aiguille donc, une enquête de met en place. Jusqu’en date du 24 août 2019 lorsque l’Inspecteur général des finances est saisi, en copie d’une correspondance adressée au Ministre des finances, par le Directeur de cabinet du Chef de l’Etat qui lui signifie que lui et ce dernier (« Son excellence monsieur le Président de la République et moi-même) n’ont jamais autorisé une quelconque mission de contrôle à l’Inspection générale des finances (IGF) qui est rattachée au Président de la République.

 

La pagaille qui trahit…

Depuis lors, c’est la pagaille, et tout le monde s’en va dans tous les sens. A l’ANR et au CNS, les nerfs sont à vifs et les flics sur la dent. A l’Inspection général des finances, sur ex-Haut Commandement, une ambiance inhabituelle règne. Des équipes de policiers, en tenue et en civil, défilent ; des activistes des droits de l’homme fulminent, tandis que les médias rodent à bonne distance. Des coups de fils retentissent, et des cortèges de véhicules vont et reviennent.

Au bout du compte, des Inspecteurs des finances sont embarqués, ainsi que le premier d’entre eux, Batubenga. Ils vont séjourner au CNS, en face des bureaux du Chef de l’Etat, pendant 8 heures avant d’être relâchés après audition. L’IFG Batubenga, lui, ne compte pas en rester là. Désabusés et surpris, il décide d’en référer au chef de l’Etat, absent du pays au moment des faits. En attendant, il s’empresse de saisir la Cour de cassation, non pas au sujet de ses déboires, mais bien pour que suite soit réservée au sort de la mission de contrôle qu’il avait ordonnée et dont un rapport préliminaire est disponible.

En attendant, et aux dernières nouvelles, la situation du compte suspect indique un solde de Usd 1.800. Et Le reste ? Le « rapport Batubenga » renseigne un certain de nombre de ponctions qui y ont été effectuées avant le couperet du Dircab.

Un couperet qui, d’ailleurs, aura été l’étincelle qui a allumé la mèche qui embrase tout. Dans cette pagaille, une observation : les structures de communication directe du chef de l’Etat (le porte-parole et ses deux adjoints) demeurent silencieux, mais au niveau de la presse présidentielle, les gens semblent mal à l’aise. Issu de l’UNC de Vital Kamerhe – il a été directeur de sa chaîne de télé Canal Futur -, l’un des adjoints du Directeur de la presse présidentielle s’estime en devoir de « recadrer les choses ». Mais en fait de recadrage, il s’en prend violemment à l’initiative de l’IGF et diabolise sans réserve son patron Batubenga qui aurait agi alors qu’il est à la retraite. Recadrage pour recadrage, il sera rappelé à l’impétueux adjoint que Batubenga avait été rappelé en service par le chef de l’Etat de l’époque et se trouve encore en fonction suivant le principe de la continuité de l’Etat.

Puis vient l’acteur principal en personne. Dimanche dernier dans une interview à Jeune Afrique, Vital Kamerhe tente de banaliser la question et de rassurer que l’argent en question n’a pas disparu, mais qu’il est bel et bien existant. Au passage, il tente de se disculper en prétendant que son nom n’apparaît nulle part dans le rapport préliminaire de l’IGF dont il a interdit la poursuite. Pourtant le « rapport Batubenga » est clair lorsqu’on peut y lire : « En date du 10 mai 2019, le Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat avait, par sa lettre 0957/05/2019, demandé au Directeur général de la Rawbank de virer le montant de la décote dans le compte 01061555601-27 COMITE DE SUIVI PROGRAMME/PR au lieu du compte utilisé habituellement par le Comité de suivi des prix des produits pétroliers pour ces fonds ». Le « PR » se rapporterait à « Présidence de la République »

A Jeune Afrique, Vital Kamerhe fait savoir que, saisie, l’Inspection générale chargée de la répression des crimes de corruption aurait classé l’affaire sans suite. Mais il demeure silencieux sur la saisine de la Cour de cassation par l’Inspecteur Batubenga, un vieux féru des finances. En attendant, à la « PR », on se regarde en chiens de faïence…

PDM

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