QUI A LOGÉ LES TÉLÉCOMS DE LA RDC AU RWANDA ?

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Un expert congolais en data prétend que le  serveur qu’utilise la SCPT et qui contrôle toute la télécommunication de la RDC passant par la fibre optique et installé par Axium Network est basé à Kigali. La SCPT dément et affirme qu’elle contrôle tous les flux des communications avec ses serveurs basés en RDC. Mais un « anonymous » revient à la charge pour soutenir qu’à l’Est de la RDC (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema), Vidacom, Airtel et Orange sont connectés à la fibre optique du Rwanda qui gère également leurs data. Qui dit vrai ? Entretemps, les congolais sont désemparés et le sujet prend des tournures politiques.

Depuis le week-end dernier, les Congolais sont sur la dent. Leurs communications (appels, sms, e-mail, réseaux sociaux, etc.) seraient gérées à partir de l’étranger, et plus précisément du Rwanda. L’annonce en a été faite sur les antennes de Top Congo fm par un nommé Don de Dieu Kabu qui se présente comme expert en data numérique. Celui-ci a, en effet, affirmé que le  serveur qu’utilise la Société commerciale des postes et télécommunications (SCPT) et qui contrôle le flux des communications téléphoniques ainsi que toute la télécommunication passant par la fibre optique et installé par Axium Network est basé à Kigali.

Conséquence, selon l’expert : « toute personne qui se connecte par la connexion fibre optique verra que son adresse IP vient du Rwanda » qui peut ainsi « avoir toutes les informations de toutes nos communications ». Et d’ajouter : « « La SCPT le sait et nous ne pouvons pas être infiltrés jusqu’à ce niveau-là ». Avant de cogner, encore plus alarmiste : les autorités doivent prendre des mesures d’urgence pour mettre fin à cette situation extrêmement grave sur le plan sécuritaire ».

Puis de calmer la tension : « La RDC pourrait avoir son propre serveur, en installant son propre data center ».

Pour qui connaît le moral des Congolais chaque fois que le Rwanda est cité dans leurs intérêts ou ceux de la RDC, une telle nouvelle ne pouvait que soulever des frissons. Sur les réseaux sociaux, les commentaires sont allés dans tous les sens, quoi que convergeant tous sur « des traitres d’aujourd’hui et d’hier » qui auraient « vendu » le Congo.

 

La SCPT dément et rassure, mais…

Assez, cependant, pour sortir la SCTP, opérateur public des télécoms, de son silence tombale de ces dernières années. A travers les ondes des radios, puis dans un retentissant communiqué de mise au point, son Directeur général, dément et précise. D’abord que « la SCPT dispose des équipements ultra-modernes de gestion et de distribution d’Internet ainsi que la  réaction des circuits de transmission des données ». Ensuite que « les prestations internet de la SCPT répondent au standard international et garantissent la sécurité ainsi que la confidentialité pour tous les utilisateurs », notamment « des opérateurs des télécommunications ainsi que des fournisseurs des services internet à qui la SCPT fournit en toute transparence, depuis plusieurs années, des services de grande qualité ».

Mais encore : « tous les équipements de gestion des services internet de la SCPT sont exclusivement installés sur le territoire de la République Démocratique du Congo ». Précision de taille sur les équipements : « Il s’agit des nombreux serveurs de haute technologie, des routeurs ainsi que des équipements de transmission du signal à très haut débit par la fibre optique ».

Pour rassurer davantage, le DG ajoute que « le trafic Internet passant par le backbone national en fibre optique n’est nullement géré à partir du Rwanda ni d’aucun autre pays étranger contrairement aux allégations fallacieuses et tendancieuses formulées par un prétendu expert à des fins non encore élucidées » (Image ci-contre : centre d’atterrage de la fibre optique de la RDC à Muanda). Conclusion : « Toutes les activités de la SCPT sont diligentées dans le strict respect des lois de la République ainsi que de l’indépendance et la souveraineté de la RDC ».

 

…Un « anonymous » contredit la SCPT

Pour autant, ce mardi matin, les internautes ont trouvé une nouvelle réaction sous format anonymous (non signé) et d’origine inconnue, réaction tendant à « biffer les mentions inutiles » de la déclaration de la SCPT pour chercher à confirmer la position de l’expert Don de Dieu Kabu. En effet, on lit sur le document dont l’auteur renvoie, pour vérification, à des experts, que pour les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema, «  les trois réseaux (Ndlr : Airtel, Vodacom et Orange) se ressourcent au Rwanda ». Et de vouloir démontrer que « si vous êtes à Goma, essayez de taper www.google.fr ou .com ; une fois vous lancez la recherche vous remarquerez que le moteur de recherche a migré vers www.google.rw. Ça c’est vérifiable ».

Et de poursuivre : « Vodacom Congo tire son Data de leur (Ndlr : le Rwanda) serveur Data et tous les techniciens Data le savent ». Avant d’ajouter : « Si nous devons passer par le Rwanda pour nous connecter, donc le Rwanda n’est pas seulement capable d’écouter nos appels Whatsapp, messenger ou autres, mais peut (également) lire tous nos emails, toutes nos conversations et, grave encore, peut localiser en temps réel la position de plus ou moins 1m à la ronde les téléphones connectés à son réseau ».

Comme pour démontrer sa technicité, l’« anonymous » de ce mardi matin commence par expliquer qu’« en se connectant à un réseau, nous sommes identifiés par des adresses IP, et à cette adresse on peut infiltrer ton appareil, le bloquer au réseau, le faire suivre, le contrôler, lui créer un miroir, etc. C’est certainement de cette façon, et du fait que le Rwanda contrôle les données de la RDC, estime encore cet anonyme du net, que l’on assiste à toutes ces fuites des documents ou des fichiers officiels dans les réseaux sociaux.

 

Le Rwanda juste un passage vers la fibre optique de l’océan Pacifique ?

Disent-ils vrais ? En tous cas, une vérification faite par nos soins à partir de Goma ne nous a pas permis d’aller plus loin pour élucider cette affaire technique mais de haute portée sécuritaire. Si ça se trouve, en effet, la RDC serait un livre largement ouvert et sans aucune intimité avec elle-même. Cependant, un estimé confrère basé à Goma, et qui a donné sa langue sur tout ce charabia technique, nous fait savoir que ce débat se baserait sur le fait les opérateurs privés actifs à l’Est de RDC se seraient connectés sur la fibre optique qui traverse le Rwanda.

Trop compliqué, tout de même, pour comprendre quand il faut savoir si des privés, et non pas seulement des Etats, peuvent se connecter aux fibres sous-marines de l’Atlantique, du Pacifique et de l’Indien. Qu’à cela ne tienne, un politicien approché ce jour en fin de matinée ne décolère pas. Il assure, le couteau entre les dents, qu’il va rameuter autant de députés qu’il pourra pour que la question soit examinée dès la rentrée prochaine au Parlement.

Dossier à suivre

Jonas Eugène Kota

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