FCC-BAHATI: UNE RÉBELLION D’OUTRE ATLANTIQUE?

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La suspension à durée indeterminée suivie de la radiation de Modeste Bahati Lukwebo, décidée seulement quelques jours plus tard par la conférence des présidents des plateformes de la méga plateforme Front commun pour le Congo (FCC), est plutôt révélatrice de beaucoup de réalités. Les attitudes ou réactions des uns et des autres, qu’il s’agisse des cadres et membres du FCC et de tous ceux qui s’alignent derrière Modeste Bahati, tout comme des cadres et membres du CACH, sont symptomatiques de manque de culture républicaine de la part des animaux de la jungle politique de la RDC où, en addition aux indélicatesses des fauves locaux caractérisés par des perspectives égocentriques, ratissent large aussi les lobbies miniers, officiels et gouvernements des puissances occidentales intéressées à la RDC.

Un regard rétrospectif et analytique sur ce statu quo politique plonge de plein fouet dans la considération des corollaires des résultats des élections du 30 décembre 2018. Ceux-ci sont tels que le candidat soutenu par les lobbies miniers, officiels et gouvernements occidentaux Martin Fayulu n’a pas été sacré lauréat de la présidentielle et que le FCC a raflé une majorité plus que confortable dans le Parlement ainsi que les assemblées provinciales, tandis que le CACH n’a brigué que la présidence du pays. Après le fiasco des stratégies utilisées pour discréditer ou annuler ces élections, les Occidentaux ont changé de fusil d’épaule et se sont rabattus sur Félix Tshisekedi. Question, dirait-on, d’un  certain réalisme, mais non sans conséquences tout comme il s’avère qu’il faut, pour bien contrôler le nouveau régime congolais, œuvrer à juguler la coalition FCC-CACH, née de la prise en compte des conséquences à tirer du régime semi-présidentiel de la RDC et de tout ce que prescrit la Constitution congolaise en cas de cohabitation , c’est-à-dire lorsque le président de la République n’a pas de majorité et que celle-ci est détenue par une famille autre que celle à laquelle appartient le chef de l’Etat.

Après la publication des résultats des élections, CACH a senti le besoin d’échafauder une formule pour faire appliquer la vision du président de la République. Selon Jeune Afrique, Vital Kamerhe serait celui qui aurait tranquilisé Félix Tshisekedi en lui proposant la possibilité de débaucher quelques députés  nationaux du FCC pour allonger les rangs de ceux du CACH. Certains avaient même émis le vœu, interprêtant de travers la Constitution, de voir Félix Tshisekedi, dissoudre le Parlement pour organiser de nouvelles législatives. Une idée qui n’a pas fait du chemin dans la mesure où cette dissolution ne dépend pas du seul vouloir du chef de l’Etat, astreint qu’il est à des conditionnalités non réunies jusqu’ici. Nombreux expliquent par la volonté de débaucher certains députés du FCC, les chipotéries manifestées lors de l’application de l’article 78 de la Constitution à l’heure de la nomination du Premier ministre avec lesquelles des extrémistes du CACH exigeaient la nomination au-préalable d’un informateur. Cas de figure auquel ne pas recourir étant donné que la majorité était déjà là et qu’elle revenait au FCC. Selon certaines sources même, CACH aurait tenté de débaucher Modeste Bahati Lukwebo, mais que le processus n’est pas allé jusqu’au bout vu que ce dernier exigeait, pour collaborer, qu’on lui rassure la primature.

 

L’érosion des extrémistes

Les extrémistes des deux camps pèsent énormément dans la détermination du statu quo politique congolais. Du côté du FCC, ils ne veulent pas laisser grand-chose au CACH dans le partage du gateau alors que les extrémistes du CACH prêchent, certains, la  séparation de Tshisekedi d’avec Kabila, et, d’autres, profitant de la coalition conclue, démander plus des postes que ne le permettent les textes et montent les enchères, exploitant la diabolisation dont le FCC est la proie parmi l’opinion. La conséquence de cette situation étant telle que le mariage FCC-CACH paraît celle des dupes et que la sortie de l’équipe gouvernementale tarde malgré la nomination du Premier ministre Sylvestre Ilunkamba intervenue depuis le 20 mai 2019.

 

Les injonctions des impérialistes occidentaux

Les lobbies miniers, les officiels et gouvernements des puissances occidentales intéressées à la RDC, principalement les USA, la Belgique et la France, voient du très mauvais œil le rapprochement entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. D’après des observateurs et analystes, ils donnent des injonctions au cinquième président pour le séparer de Joseph Kabila et de tout faire pour amoindrir son ampleur politique. La nomination du Premier ministre aurait fait faire le pied de grue aux Congolais, vu que les Occidentaux ne voulaient pas que certaines figures congolaises soient nommées à ce poste et l’on cite l’exemple d’Albert Yuma. Comme on le voit, ils s’ingèrent en fonction de leurs intérêts et veulent s’assurer que seuls les politiques congolais qu’ils contrôlent ou peuvent contrôler occupent des postes clés à leurs yeux.

S’étant rendus compte que Joseph Kabila tire sa puissance politique de la confortable majorité que détient le FCC au Parlement et dans les assemblées provinciales, ces Occidentaux se seraient investis pour débaucher certains députés du FCC. D’où le feuilleton Bahati Lukwebo. D’après des sources, l’on aimerait créer une nouvelle majorité qui serait constituée de CACH, Lamuka (y compris Ensemble pour le changement de Moïse Katumbi) et de l’AFDC-A de Modeste Bahati.

 

Exigence de l’orthodoxie

Selon plusieurs soucres concordantes, par contre, la volonté et le travail des extrémistes, de même que  les visées occidentales n’expliquent pas totalement le tumulte politique congolais actuel. Le PPRD, parti majoritaire dans le giron du FCC, a des élans léonins obstinés dans le partage des postes qui crée des mécontents et qui profitent des situations pour exprimer leur grogne. Mais Bahati a la réputation de créer des vagues chaque fois qu’il s’agit de se répartir des postes.

Certains extrémistes du CACH n’hésitent pas à en appeler à la nomination d’un nouveau Premier ministre, tirant les conséquences – même s’ils n’ont pas raison vu que le départ du FCC de l’AFDC-A ne va pas faire perdre le statut de la plateforme majoritaire au FCC dans le Parlement congolais – du départ de l’AFDC-A de la plateforme chère à Joseph Kabila. Une attitude qui montre que certains extrémistes de CACH verraient du bon œil ce schisme au sein du FCC qui entamerait sa force politique et influerait sur la répartition des postes proportionnellement au poids politique de chacun des membres de la coalition majoritaire. Et l’on appréhende une possible  déflagration du FCC au cas où le PPRD persisterait à toujours vouloir s’arroger la part du lion. Sont-ce des appréhensions fondées sur des accusations de ceux qui ne jurent que d’un FCC le moins fort possible ? Toujours est-il que si les cadres du FCC se considèrent nationalistes, ils doivent ajouter, pour ne pas donner l’occasion de médire aux ennemis et à la bourgeoisie compradore congolaise. Autrement, l’on profiterait des prétextes vrais, voire de ceux artificiellement créés pour priver la RDC d’une classe des nationalistes au point qu’elle risque de n’être dirigée que par ceux qui jurent de faire allégence aux impérialistes occidentaux. Une chose est de s’afficher nationaliste, une autre est d’évoluer sagement sur le podium politique pour arriver aux résultats en faveur, non pas de  ses perspectives egocentriques, mais de tout le peuple congolais. Il ne faut pas que ceux qui veulent placer des marionnettes au pouvoir réussissent le coup d’empêcher l’application du code minier de mars 2018 par l’indélicatesse et le manque de flair politique des membres et cadres du FCC.

Samy BOSONGO

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