CONTREBANDE À KASUMBALESA : L'”UDPS/BILANGA” JUSQU’AU COU (Enquête)

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La ville de Kasumbalesa a de nouveau été, lundi 3 août 2020, le théâtre d’actes de violence perpétrés par des militants de l’Udps en réaction contre le meurtre, la nuit précédente, d’un des leurs. Attribuant ce meurtre à la police, les militants du parti présidentiel s’en sont pris aux installations administratives et policières dont le Tribunal de paix de Kasumbalesa, des sous commissariats de la police des véhicules de patrouille ainsi que des camions de forage d’eau. Ils ont également érigés des barricades sur la route Kasumbalesa- Lubumbashi, stoppant ainsi la circulation sur cet axe d’une haute importance économique pendant une bonne partie de la journée. Les activités dans la zone frontalière avec la Zambie s’en sont également trouvées perturbées.
Ces nouvelles manifestations violentes des militants de l’Udps interviennent, certes, à la suite du meurtre d’un militant du parti présidentiel, mais aussi près d’une semaine après la fermeture et l’évacuation de la zone neutre dite « Bilanga » à la frontière zambienne. Pendant près de cinq mois, en effet, cette zone neutre ainsi que le couloir piétonnier avaient été investis par des membres de l’Udps qui y avaient installé leur bureau, se substituant ainsi, aussi bien aux services de sécurité qu’à la douane et l’immigration, et, en cela, avec les implications financières au détriment du trésir public. Plus encore, l’Udps s’était érigée en autorité administrative à Kasumbalesa où la population était soumise à sa volonté, jusqu’à vénérer le drapeau de ce parti.
Il y a près d’un mois, en effet, lors d’un meeting, le Président de l’Udps/Kasumbalesa avait ouvertement affirmé leur refus de se soumettre aux autorités provinciale et urbaine établies, qu’ils accusaient de tribalisme. « La base bilanga a le souci du peuple. L’Udps se soucie de la réélection de Tshisekedi en 2023. Le Gouverneur et le Maire (de Kasumbalesa, ndlr) veulent déclarer la guerre à l’Udps et nous ne nous laisserons pas faire face autorités tribalistes », peut-on entendre dire Isaac Tshiswaka, responsable local de l’Udps, dans une vidéo qui circule dans les réseaux sociaux.
Lundi soir, le Maire de Kasumbalesa, André Kapampa, assurait que ces casses se justifient par la fermeture de toutes les voies de la contrebande par les militaires. Une fermeture qui met ainsi à mal la contrebande et la fraude auxquelles se livraient l’Udps depuis plusieurs mois, causant un gros manque à gagner pour l’État congolais.
Un cadre au Gouvernorat du Haut-Katanga confie à congovirtuel, sous le sceau de l’anonymat, que « l’Udps entretenait un bureau dénommé ‘’base Udps bilanga’’ dans la zone neutre entre la RDC et la Zambie. Un autre bureau était placé au couloir piétonnier par où passent les petits commerçants pour aller et venir à la frontière ». Il assure aussi que « pendant des mois, sous prétexte de veiller contre la contrebande qui, du reste, existe depuis longtemps à la frontière, le bureau de la zone neutre s’y adonnait à cœur joie à son propre compte ».

Une bande organisée opérant impunément au détriment du trésor public
Dernièrement, en effet, et se faisant passer pour des chevaliers blancs, des militants de l’Udps/Bilanga, équipés de talkie-walkies et d’autres moyens de communication sophistiqués, brandissaient des manteaux en les présentant comme des tenues des miliciens « Bakata Katanga » qu’ils auraient interceptés. « En réalité, c’étaient des tenues des travailleurs d’une société chinoise pour la saison sèche. Elles ont été soustraient du circuit normal pour contraindre cette société à payer au lieu de passer par la voie douanière normale », réagit un commerçant qui dit avoir été plusieurs fois victimes de ces antivaleurs.
La vie dans la zone neutre aura ainsi été rythmée par ces activités illicites qui s’étaient ajoutées à la fraude et la contrebande qui se pratiquent depuis bien longtemps à Kasumbalesa. Notre interlocuteur commerçant témoigne que pendant son règne dans la zone neutre, « l’Udps faisait décharger des cargaisons entières qui étaient ensuite passées à dos d’hommes ou à vélos. L’estimation est de 20 à 40 camions en moyenne chaque jour ».
Et de poursuivre : « figurez-vous qu’un conteneur de 40 pieds contenant des marchandises simples comme le sel ou la farine est payé au minimum 7.500 dollars. Imaginez que ce montant et bien d’autres échappent chaque jour à la douane au profit des contrebandiers de la zone neutre ». « Même des produits à l’exportation comme le cuivre et le cobalt sont déchargés quelque part à la cité puis rechargés à partir de la zone neutre, et les recettes à l’exportation sont empochés par ceux qui se font passer pour les protecteurs des intérêts du chef de l’Etat pour sa réélection en 2023 », s’indigne encore notre interlocuteur.
La situation n’est guère reluisante dans le couloir piétonnier. Ici aussi, le bureau Udps percevait 500 Fc par petit commerçant qui payait le même montant à la DGM pour le jeton de passage. Face à ce double paiement, la plupart des commerçants se résignaient à ne payer qu’à l’Udps dont les militants faisaient la loi, au grand dam des services attitrés. « Ceux-ci n’avaient plus un mot à dire face aux menaces et à la violence que brandissaient les usurpateurs sous forme de chantage à la quiétude des activités dans la zone frontalière », regrette un cadre de la DGM muté depuis quelques temps.

Efforts vaines, l’Udps/Bilanga n’obéissait qu’à « sa » hiérarchie de Kinshasa
Pourquoi ces pratiques aussi flagrantes pouvaient-ils perdurer dans la moindre réaction ? Nos enquêtes renseignent que plusieurs actions ont été menées aussi bien par les responsables de la DGM, de la DGDA, de la ville de Kasumbalesa, du Gouvernorat provincial, du Gouvernement central et même de la présidence de la République, mais sans succès. « Feu Monsieur Gérard Mulumba, alors chef de la maison civile du chef de l’Etat avait effectué le déplacement de Lubumbashi pour raisonner ces gens, mais sans succès. Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur s’y était aussi penché lors de son séjour ici, mais pour le même résultat », témoigne le cadre du Gouvernorat à Lubumbashi.
Qui ajoute que lors d’un meeting, « la base Udps/Bilanga avait déclaré qu’elle n’obéit qu’à la hiérarchie du parti à partir de Kinshasa ». « Même une intervention initiée par l’armée après des affrontements entre militants de l’Udps et de l’Unafec au mois de mai avait été avortée après un ordre venu de Kinshasa », ajoute-t-il.
Et que fait le Gouverneur dans tout cela ? Jacques Kyabula s’est rendu plusieurs fois à Kasumbalesa, mais sans grand résultat, surtout que la frontière est du ressort du Gouvernement central, indique-t-on encore. En avril 2020 après des échauffourées entre les militants de l’Udps et l’Unafec autour du contrôle de Kasumbalesa, le Gouverneur Kyabukla avait réuni les deux parties pour tirer les choses au clair. « Aucun parti politique n’a le droit de se substituer aux services publics oeuvrant à la frontière », leur avait-il signifié. Il les avait également invités à adhérer à la vision du chef de l’Etat dans la lutte contre la fraude douanière et la contre bande pour maximiser les recettes de l’Etat en toute légalité.
Les deux parties s’engageront alors à sensibiliser leurs bases respectives, mais sans grand résultat jusque fin juillet dernier lorsque la puissance publique s’est imposée.
La FEC/Haut-Katanga a également haussé le ton fin juillet 2020, mais sans grand succès non plus. Les entrepreneurs en avaient débattu plusieurs fois avec l’autorité provinciale. Ils n’ont cessé de prévenir que si la fraude et la contrebande ne sont pas jugulées à Kasumbalesa, l’Etat ne devra pas espérer réunir les moyens douaniers de sa politique.
Aujourd’hui, la « base Udps Bilanga » a débarrassé le planché, du moins officiellement. La question qui demeure est de savoir comment l’Etat pourra rentrer dans ses droits pour tous ces mois des recettes détournés. L’autre question est de savoir si ces fraudes et contrebandes menées le plus officiellement du monde vont demeurer impunies.
Jonas Eugène Kota

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