Longtemps reléguées au second plan des politiques économiques, les infrastructures s’imposent aujourd’hui comme la colonne vertébrale de toute stratégie d’industrialisation crédible. Cette réalité a structuré les échanges de la deuxième journée de la mission économique conjointe organisée par le Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) et le Department of Trade, Industry and Competition (DTIC) d’Afrique du Sud, en collaboration avec l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI) et la Fédération des Entreprises du Congo (FEC).
Tenue à Kinshasa depuis le lundi 2 février 2026, cette rencontre stratégique a mis en lumière, lors de son deuxième panel, le rôle central des infrastructures dont les routes, l’énergie, les transports et le numérique comme leviers transversaux sans lesquels aucune industrialisation durable ne peut s’imposer.
Un constat s’est rapidement imposé : malgré l’abondance de ses ressources naturelles et un potentiel industriel considérable, la RDC demeure freinée par un déficit structurel d’infrastructures modernes. Une faiblesse persistante qui continue de peser lourdement sur la compétitivité des entreprises et l’attractivité du pays.
Un déficit structurel aux lourdes conséquences économiques
Pour les acteurs publics comme privés, l’équation est désormais bien identifiée. L’insuffisance des réseaux routiers, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires renchérit les coûts logistiques, ralentit les échanges commerciaux et entrave l’intégration des marchés intérieurs. Représentant le ministère d’État en charge des Infrastructures, l’un des panélistes a rappelé que cette fragilité structurelle constitue un frein majeur à la fluidité des échanges et à la compétitivité globale de l’économie congolaise.
Parmi les réponses avancées, la réhabilitation de la Route nationale n°1 (RN1) occupe une place centrale. Véritable artère stratégique, elle vise à relier l’Ouest à l’Est ainsi que le Nord au Sud du pays, renforçant l’intégration économique nationale et facilitant la circulation des biens et des personnes. Un projet emblématique d’une volonté de désenclavement à grande échelle.
Énergie et numérique, catalyseurs industriels
Au-delà des infrastructures de transport, la question énergétique s’est imposée comme un enjeu fondamental. Sans une alimentation électrique fiable, suffisante et accessible, toute ambition de transformation locale des matières premières reste illusoire. Les intervenants ont souligné que la performance des unités industrielles dépend directement de la qualité et de la stabilité des infrastructures énergétiques.
Autre pilier désormais incontournable : le numérique. Dans un environnement économique de plus en plus digitalisé, les infrastructures numériques deviennent un facteur clé de productivité, de connectivité et d’attractivité pour les investisseurs. Leur développement conditionne l’insertion de la RDC dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.
Approches intégrées et financement, les défis clés
Insistant sur la nécessité d’une vision globale, Charles Tshibanda, directeur général Business Development du groupe MES, a plaidé pour une approche intégrée dans la structuration des projets industriels et d’infrastructures. La modernisation des équipements, selon lui, permet de lever les contraintes opérationnelles, d’améliorer la fiabilité des installations et de renforcer la compétitivité des entreprises congolaises.
Dans le secteur minier, Stéphanie Taky, fondatrice et directrice générale de Taky Corp, a mis en lumière les difficultés spécifiques des petites et moyennes entreprises, pénalisées par le manque d’infrastructures routières et logistiques, qui alourdit les coûts d’exploitation et limite l’accès aux standards internationaux.
Enfin, la question du financement s’est imposée comme un enjeu transversal. Fred Van Niekerk, directeur d’Agora Africa, a rappelé que la réussite des projets d’infrastructures repose sur des modèles financiers solides et une meilleure coordination entre les secteurs public et privé, appuyée par un cadre réglementaire stable et attractif.
Un choix stratégique pour l’avenir
Au terme de ce panel, tous ont été unanimes que la modernisation des infrastructures n’est pas une option, mais un choix stratégique déterminant pour l’industrialisation de la RDC. En renforçant sa compétitivité et en créant les conditions d’un développement économique durable, le pays pose les bases d’une transformation structurelle attendue de longue date.
