DÉMISSION DE BENOIT LWAMBA : KITENGE YEZU ALOURDIT LES SOUPÇONS (Analyse)

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Son mandat prenant fin dans 10 mois (avril 2021), Benoit Lwamba, floqué kabiliste par les détracteurs de JKK, ne sera d’aucune utilité au FCC dans trois ans et demi (2023). Un détail qui dit tout du sens de l’agitation sur une démission et qui renvoie les regards vers ceux qui en seraient les vrais bénéficiaires à échéance. Même au prix de la violation de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la magistrature, les gens seraient déjà partis à la pêche aux juges de la haute Cour…

Rien de nouveau dans l’intervention, en ce début de semaine, de Kitenge Yezu sur RFI dans la course-poursuite sur la démission ou pas de Benoît Lwamba Bindu de ses fonctions de Président de la Cour constitutionnel et juge à la même Cour. Tout compte fait, le Représentant personnel du chef de l’Etat aura certainement voulu jeter le poids de son rang dans la bataille pour conférer quelqu’authenticité à une thèse : celle de la démission du président de la haute Cour. Une thèse, du reste, partie de Mont Ngaliema et dans laquelle le Président de la République est présenté comme personnage central. Une thèse qui était, jusque-là, soutenue par des sources fermées de la présidence.

C’est à lui, soutient, en ultime intervention, son représentant personnel, que Benoit Lwamba aurait exprimé son souhait de démissionner de ses fonctions. C’est à lui aussi qu’il aurait remis sa lettre de démission. C’est également à lui, le chef de l’Etat, qu’il aurait fait part des pressions du FCC pour le contraindre à revenir sur sa démission. Des pressions exercées par le FCC pour disposer d’un allié dans sa campagne (celle du FCC) de déstabilisation du Président de la République et en perspective de son retour aux affaires en 2023.

La thèse, on le sait, bénéficie du plus grand soutien de la présidence de la République d’où sont partis les premiers assauts médiatiques, surtout en international, dans le même scénario. Seulement, cette thèse de Kitenge Yezu, qui a relayé toutes les autres sources de la présidence, pour la plupart fermées, semble souffrir gravement d’un manque de réalisme pour faire… réel. En effet, comment est-ce que Benoît Lwamba pourrait aider une campagne politique culminant sur 2023 (dans trois ans et demi) alors que son mandat (le second et tout dernier) prend fin en avril 2020, soit dans exactement dix mois ?

Pourquoi cet intérêt de la présidence sur la magistrature supposée indépendante ?

L’intérêt plus que prononcé de la présidence de la République sur ce dossier concernant le pouvoir judiciaire est d’autant plus intriguant qu’il tend à mettre à mal aussi bien le principe de séparation des pouvoirs que l’indépendance de la magistrature. En effet, même si c’est le chef de l’Etat qui nomme les membres de la Cour constitutionnelle, ceux-ci ne sont pas (tous) ses avoués politiques, selon l’entendement congolais. Les neuf juges sont désignés, en vue de leur nomination, par le Président de la République, le Parlement et le Conseil supérieur de la magistrature. Quant au Président de la Cour constitutionnelle, ce sont ses pairs qui l’élisent et non le Président de la République.

Un détail qui échappe à la thèse dominante qui tend à accorder des pouvoirs illimités au chef de l’Etat sur la vie ou la mort des membres d’un corps relevant, non pas du pouvoir exécutif mais de celui judiciaire. Et c’est ici que naissent les inquiétudes sur cette tendance à une main basse sur l’appareil judiciaire.

A qui profiterait donc une éventuelle démission de Benoît Lwamba ? Répondre à cette question pousserait à répondre aussi à la question de savoir pourquoi cet intérêt de la présidence de la République sur le sort de Lwamba. Si Kitenge Yezu joue de sa position auprès du chef de l’Etat pour influencer l’opinion sans apporter de nouveaux éléments, c’est le flou qui s’épaissit plutôt que de se dissiper.

(Lire aussi notre précédent article à ce lien : http://congovirtuel.org/wp-admin/post.php?post=4153&action=edit )

Depuis le 10 juillet, en effet, l’opinion assiste à une saga des documents qui a déjà jeté le trouble dans la lisibilité de l’affaire, du moins pour le congolais lambda. Et la politisation de la question ne relève que de cette stratégie à l’air tu temps. Une stratégie basée sur la diabolisation à outrance de l’adversaire pour sa disqualification dans un calcul bien compris de 2023.

Des faucons tshisekedistes à la pêche aux juges de la haute Cour ?

Aujourd’hui, trois jours après l’éclatement de l’affaire, ce que l’on retient c’est que la démission ou pas de Benoît Lwamba est bien au cœur des calculs politiciens, ceci dès le moment où ce dernier a été flanqué dans un camp politique. Personne n’ose, cependant, se souvenir ou rappeler à l’opinion que c’est le même Lwamba, floqué FCC, qui était président de la même haute Cour qui avait validé l’ordonnance présidentielle querellée sur l’état d’urgence. Ce qui renvoie à la question de départ : à qui profiterait la démission de Lwamba ? Et cette autre qui s’ajoute : qui veut démissionner Lwamba ? Et cette autre encore : pourquoi le démissionner maintenant alors qu’il ne lui reste plus que 10 mois de mandat ?

Finalement, qu’est-ce qui serait si urgent que Benoît Lwamba devrait partir hic et nunc ? C’est ici que semble prendre tout son sens cette autre thèse attribuant aux faucons tshisekedistes la rocambolesque ambition de prendre, justement, le contrôle de l’ensemble de l’appareil judiciaire.

La ville haute grouille, en effet, de ce calcul selon lequel ces faucons seraient partis à la pêche aux juges de la Cour constitutionnelle. L’objectif serait de s’adjuger les faveurs de cinq d’entre eux (sur neuf) afin de pouvoir influer sur les décisions à venir de la haute Cour. Benoît Lwamba démissionné, il n’en resterait plus que quatre. Mais la bataille devrait se cristalliser autour du contrôle de la présidence où l’on verrait déjà le juge Funga qui assure l’intérim de Benoît Lwamba Bindu.

Le dossier reste ouvert.

Jonas Eugène Kota

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